Dame (nom féminin)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Nom féminin 

I.
XI e siècle, dama. Du latin classique domina, « maîtresse de maison ; épouse ; amie ; souveraine ».
1. Au Moyen Âge, celle qui possédait une seigneurie, avec autorité et commandement sur des vassaux. Haute et puissante . Femme de haute naissance ou de très haut rang. Les s de France, les filles du roi de France. Femme noble, femme de qualité. Les s de la cour. Dame d'honneur, d'atour, du palais, qui remplissait certaines fonctions auprès des reines ou des princesses. Spécialt. Femme à laquelle un chevalier consacrait ses soins et ses exploits. Femme que célébrait le poète courtois. Il a rompu des lances pour sa . Porter une écharpe aux couleurs de sa . La de ses pensées.
2. Notre-Dame, nom donné par les catholiques à la Sainte Vierge. La cathédrale Notre-Dame de Paris ou, ellipt., Notre-Dame de Paris. L'église Notre-Dame-des-Victoires. La fête de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs ou, ellipt., Notre-Dame-des-Sept-Douleurs. Anciennt. Religieuse de certains ordres ; chanoinesse. Les Dames de Fontevrault, de Poissy, de Remiremont. S'emploie encore dans certaines communautés. Les Dames du Sacré-Cœur.
3. Auj. Femme à qui sa fonction ou son rang confère une certaine respectabilité. La première du pays, celle qui le gouverne, ou qui est l'épouse du chef de l'État. C'est une , une vraie , une femme qui a reçu une bonne éducation. C'est une grande , une femme qu'on admire pour ses qualités morales ou intellectuelles, pour ses talents artistiques, pour sa distinction. Expr. fam. et iron. Faire la , jouer les grandes s, avoir des manières hautaines. Par anal. Titre donné traditionnellement à certaines femmes du peuple. Les s de la halle. . Titre donné par jeu à des animaux ou employé par allégorie. Dame belette. Dame Nature. Dame Justice. Spécialt. La Dame blanche, fantôme féminin des légendes nordiques et germaniques.
4. Avec une nuance de considération. Personne adulte de sexe féminin. Les s de la ville. J'ai rencontré ce monsieur avec une . Tailleur, coiffeur pour s. Expr. Être aimé des s, plaire aux s. Spécialt. Dame de charité, d'œuvre, patronnesse, qui s'occupe d'œuvres religieuses, charitables. Dame catéchiste, qui enseigne le catéchisme aux enfants. Dame de compagnie, rétribuée pour tenir compagnie à une personne seule. La du vestiaire, au théâtre, au restaurant. Par euphémisme. Dame de petite vertu, prostituée. Pop. Bonjour, ma petite . Spécialt. Toute femme qui est ou a été mariée. Les s et les demoiselles. Une charmante vieille . Une jeune . Pop. Saluez de ma part votre , votre épouse.
5. . Chacune des cartes qui représente une femme, dite aussi Reine. La de pique (Pallas), la de cœur (Judith), la de carreau (Rachel), la de trèfle (Argine). Avoir une tierce à la , prendre avec la . Expr. fig. et fam. Taquiner, courtiser la de pique, aimer jouer aux cartes.


La pièce la plus considérable après le roi, et qu'on appelle aussi Reine. La blanche, la noire.


Jeu de s, jeu qui se joue à deux joueurs, sur un damier, avec des pions ronds et plats. Jouer aux s. Une partie de s. Aller à , faire une , mener un pion à travers le damier jusqu'à la dernière ligne adverse, ce qui le transforme en , et lui donne une marche particulière, plus avantageuse. On double le pion devenu pour le distinguer des autres. Par ext. Pion de même forme mais de plus grande taille, dont on se sert au jeu de trictrac et au jeu de jacquet. Poser une sur une flèche.
6. Outil à deux anses qui sert au paveur à battre le sol ou à enfoncer les pavés (on dit aussi Demoiselle, Hie ).
7. . Dame de nage ou, ellipt., dame, support, tolet servant de point d'appui à l'aviron ou creux pratiqué pour le même usage dans le bordage d'une embarcation.
Titres célèbres : Le Jongleur de Notre-Dame, œuvre anonyme du XIII e siècle ; Vie des Dames galantes, de Brantôme (1665) ; La Dame de pique, de Pouchkine (1834) ; La Dame de Montsoreau, d'Alexandre Dumas (1846) ; La Dame aux camélias, d'Alexandre Dumas fils (1848) ; La Dame de chez Maxim, de Georges Feydeau (1899).


1ère signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom féminin 

Celle qui possédait une seigneurie avec autorité et commandement sur des vassaux. "Haute et puissante ."
"Notre-Dame," Nom donné par les chrétiens à la Sainte Vierge. On le donne par ellipse aux églises et aux fêtes qui lui sont consacrées. "Notre-Dame de Paris. La Notre-Dame d'août."
Il est aussi un Simple titre que l'on donnait par honneur aux femmes de qualité. "Les s de la cour." On dit ironiquement "Elle fait la , elle fait la grande ."
"Dame d'honneur, d'atour, du palais," Femmes de qualité qui remplissaient diverses fonctions auprès des reines ou des princesses
"Les s de France," Les filles du roi. Voyez MADAME.
"Dame de compagnie." Voyez COMPAGNIE.
C'était pareillement un Titre donné aux religieuses des abbayes et de certaines autres communautés, ainsi qu'aux chanoinesses. "Les s de Fontevrault. Les s de Poissy. Les dames de Remiremont." On dit encore "Les s du Sacré-Coeur."
"Dames du choeur," Religieuses qui siègent dans les hautes stalles du choeur, à la différence des novices, qui sont dans les stalles basses, et des soeurs converses qui n'ont été reçues que pour le service de la maison.
"Dames de charité," se dit des Dames qui, dans l'étendue d'une paroisse, forment une association chargée de recueillir et de distribuer les aumônes.
Il est également le Titre qu'on donne à toutes les femmes mariées. "Une jeune . C'est une fort aimable ." En termes de Procédure, "La une telle. La veuve une telle. Ladite s'engage, etc."
Il se prend aussi dans un sens plus général et s'étend à Toutes les femmes et à toutes les filles. "Être aimé des s. Plaire aux s. Les s de la ville."
Il désignait particulièrement, dans le langage de la Chevalerie, la Femme à laquelle un chevalier consacrait ses soins et ses exploits. "Il a rompu des lances pour sa . La de ses pensées. Porter une écharpe aux couleurs de sa ."
"Les s de la halle," Les marchandes de la halle, qui étaient admises sous ce titre chez le roi et chez les princes à certaines époques et à l'occasion de certains événements.
En termes de Botanique, "Dame d'onze heures," Plante liliacée à fleurs blanches qui ont l'extérieur des pétales vert.
Il se dit figurément, en termes de jeu de Cartes, de Chacune des quatre cartes sur lesquelles est peinte la figure d'une . "La de pique. La de coeur. La de trèfle. La de carreau. Avoir une tierce, une quatrième, une quinte à la ."
Il désigne, en termes de jeu d'Échecs, la Pièce du jeu la plus considérable après le roi. "Dame blanche. Dame noire." On l'appelle aussi "Reine."
Il se dit aussi de Chacune des pièces rondes et plates avec lesquelles on joue sur un échiquier au jeu appelé, du nom de ces pièces, "Jeu de s," ou simplement "Les s. Jouer aux s. Faire une partie de s."
Il se dit également des Pièces de même figure, mais ordinairement plus grandes, dont on se sert au jeu de Trictrac et à quelques autres jeux analogues. "Poser une sur une flèche. Lever une . Battre une ."
"Aller à ," Pousser une pièce jusqu'aux dernières cases du côté de celui contre qui on joue, ce qui donne à cette pièce une marche particulière et plus avantageuse.
En termes de Canotage, il se dit du Support de l'aviron, et, en termes de Ponts et Chaussées, de la Sorte de hie à deux anses qui sert au paveur à battre le sol ou à enfoncer les pavés. Dans ces deux acceptions, on dit aussi DEMOISELLE. DAME (abréviation de Notre-Dame). Interjection DAME (abréviation de Notre-Dame). qui donne plus de force à une affirmation, à une négation, qui exprime quelque surprise, etc. "Mais, , oui. Oh! , non. Ah! , vous m'en direz tant." Il est familier.



2ème signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom féminin 


Ponts et Chaussées
Digue qu'on laisse en travers d'un canal, tandis qu'on le creuse, pour séparer la partie déjà occupée par les eaux de celle où les travailleurs sont encore.
Il désigne aussi Ce qu'on laisse de terre dans une tranchée pour servir de mesure de profondeur.



1ère définition d'Emile Littré

Subst. féminin 



 1   Titre qu'on donnait à la femme d'un seigneur, d'un châtelain, d'un chevalier, d'un gentilhomme, par opposition aux femmes mariées de la bourgeoisie qui ont porté pendant longtemps le nom de demoiselles.
    Fig.
FÉN.: « Le hibou fut trop heureux de se cacher dans son trou et d'épouser la chouette qui fut une digne du lieu »
    Titre qu'on donnait à la femme qui possédait une seigneurie.
    Celle qui a la seigneurie, l'autorité.
RÉGNIER: « Surtout soyez de vous la maîtresse et la »
    Brevet de , brevet par lequel le roi conférait à une fille de qualité, non mariée, le titre de .
    Notre-Dame, nom donné par les chrétiens à la sainte Vierge.

 2   La femme noble à laquelle un chevalier consacrait ses soins. Combattre, mourir pour sa . La de ses pensées.
CHATEAUB.: « Ces hommes qui prêtaient foi et hommage à leur Dieu, leur et leur roi »
SAINT-FOIX: « Ah ! si ma me voyait, disait Fleuranges en montant le premier à l'assaut »
    La femme à qui l'on rend d'assidus hommages. Être dévoué, fidèle à sa .
PASC.: « Quand on aime une sans égalité de condition.... »

 3   Aujourd'hui, titre donné à toute femme mariée qui n'est pas de la dernière classe. C'est une fort estimable.
    Devenir , se marier.

 4   Par civilité et politesse, se dit de toutes les femmes, qu'elles soient mariées ou non. Être poli avec les s. Dans ce bal, les toilettes des s étaient fort élégantes.
LA FONT.: « Rien ne pèse tant qu'un secret ; Le porter loin est difficile aux s ; Et je sais même sur ce fait Bon nombre d'hommes qui sont femmes »
    Grande , appartenant à la haute société. C'est une grande . Faire la grande , affecter un luxe et des airs au-dessus de sa condition.
    Dame galante, femme d'une conduite légère.
    En courant la bague, en jouant à la paume, on disait que la première course, le premier coup étaient pour les s, c'est-à-dire pour faire honneur aux s, sans que le coup fût compté pour la course du prix ou pour le gain de la partie. Cela s'appelait à la paume Les s, et à la dague La course pour les s.
    Ce mot s'est employé souvent quand on parle des femmes de l'antiquité. Les s carthaginoises coupèrent leurs cheveux en une nécessité publique pour faire des cordages aux navires.
CORN.: « Répondez-moi, seigneur, comme romaine »
CORN.: « .... Qu'on l'honore ici, mais en romaine, C'est-à-dire un peu plus qu'on n'honore la reine »
ROLLIN: « Étant fille de Scipion l'Africain et veuve de Tibérius Gracchus, qui avait été deux fois consul et censeur, elle rejeta ses offres, et crut qu'il était plus honorable pour elle d'être une des premières s de Rome, que d'être reine de Libye avec Phycon »
VOLT.: « Son avidité, par des lois inhumaines, Impose des tributs jusqu'aux s romaines »

 5   Titre d'honneur ou d'office donné à certaines femmes. Les s de France, les filles du roi.

 6   Titre donné à certaines religieuses et aux chanoinesses. Les s du Sacré-Coeur. Les s de Longchamp. Les s chanoinesses de Remiremont. Les s du choeur, les mères qui siégent au choeur, par opposition aux soeurs converses et aux novices.
    Dames de charité, s qui, dans l'étendue d'une paroisse, d'un quartier, forment une association chargée de recueillir et de distribuer les aumônes.
MAINTENON: « Nos compliments à vos s de la charité ; elles m'ont bien remercié de ce que vous avez fait pour elles »
    Dame du lit, du palais, d'honneur, d'atour, de compagnie, femmes de qualité qui remplissent diverses fonctions auprès des reines et des princesses.
    Fig.
MOL.: « Plus l'obstacle est puissant, plus on reçoit de gloire, Et les difficultés dont on est combattu, Sont les s d'atour qui parent la vertu »
    Dame de compagnie, se dit aussi d'une qui demeure dans une maison pour y tenir compagnie à une autre ou pour faire les honneurs de la maison d'un homme âgé, et qui, bien que payée pour cela, est dans une sorte d'égalité avec les maîtres de la maison.

 7   On se servait, et on se sert encore, mais rarement, de ce mot par civilité en parlant aux femmes du petit peuple, et en y ajoutant leur nom propre : Dame Barbe, faites-moi ce plaisir, je vous prie ; de là il est passé dans le langage familier et le style badin.
RÉGNIER: « Car la Indignation Est une forte passion »
LA FONT.: « Du palais d'un jeune lapin Dame belette, un beau matin, S'empara : c'est une rusée »
    Les s de la halle, la corporation des marchandes de fruits, de légumes ou de poissons.
    Terme de pratique. La une telle. La susdite .

 8   Dames blanches, êtres surnaturels dans les anciennes croyances des Écossais et des Allemands.

 9   Figure du jeu de cartes. La de coeur. La de pique. Un brelan de s.

 10   Aux échecs, la pièce la plus considérable après le roi, et qui réunit les deux marches du fou et de la tour, c'est-à-dire qu'elle peut parcourir tout l'échiquier, soit carrément, soit en diagonale, à moins qu'une autre pièce ne l'arrête. On dit également la reine.
GOLDONI: « Parbleu ! Dorval a perdu sa ; il joue son roi, je prends sa »
    Aller à , se dit, aux échecs, d'un pion qui, poussé jusqu'au dernier rang des cases de l'adversaire, devient et remplace la qui avait été perdue auparavant dans le cours de la partie.
VOLT.: « Chez les unes [nations], le roi [aux échecs] peut faire deux pas, chez d'autres il n'en fait qu'un ; ici on va à , là on n'y va pas »

 11   Jeu de s, jeu qui se joue sur l'échiquier avec 24 petites rondelles toutes semblables, les unes blanches, les autres noires. Chaque joueur en a douze. Le jeu de s à la polonaise, beaucoup plus usité aujourd'hui, se joue sur un damier ou échiquier de 100 cases ; il y a alors 40 rondelles, et chaque joueur en a 20. Ces rondelles s'appellent en général des s, mais plus exactement des pions. La est le pion mené sur une des cases de la rangée qui est du côté de l'adversaire ; on le couvre d'un autre pion d'entre ceux qui ont été déjà pris, et alors il peut parcourir tout le damier en diagonale comme la reine ou des échecs, au lieu de faire un pas seulement comme les pions ordinaires. Cette circonstance, empruntée au jeu des échecs, est probablement l'origine du nom de jeu de s, jeu que l'on prétend avoir été inventé à Paris, vers l'époque de la régence, par un Polonais qui s'y trouvait alors.
    Aller à , mener un pion à , conduire un de ses pions sur une des cases de la dernière rangée du côté de l'adversaire ; on dit alors que le pion devient damée, ou, simplement, . Prendre une . Battre une , la mettre en prise.
    Aux échecs et aux s, touchée, jouée, c'est-à-dire que, dès qu'on a touché une pièce, on est obligé de la jouer.

 12   Au jeu de trictrac, nom des rondelles avec lesquelles on joue. Dame découverte, placée seule sur une flèche. Dame surnuméraire. la 3e placée sur une case déjà faite. Dame passée, celle qui ne peut plus servir à faire le plein.
    Dames rabattues, sorte de jeu différent du trictrac, mais qui se joue avec les mêmes pièces.

 13   Nom vulgaire de différents oiseaux : le grèbe huppé, l'effraye, la hulotte, la mésange.
    Belle- ou bonne-dame, nom d'un papillon.

 14   Terme de botanique. Dame d'onze heures, plante liliacée à fleurs blanches qui ont l'extérieur des pétales vert.
    Belle- ou bonne-dame, l'arroche des jardins.

 15   Masse dont se servent les paveurs et autres ouvriers pour battre et enfoncer. On dit plutôt demoiselle ; le nom propre est hie.
    Pièce de fonte qui ferme la porte du creuset dans les grosses forges.

 16   Terme de marine. Nom de deux chevilles de fer plantées sur l'arrière d'une embarcation de chaque côté d'un grelin pour le fixer.
    Doubles tolets plats servant à retenir les avirons qui n'ont pas d'estropes.

 17   Terme d'astrologie judiciaire. On dit d'une planète qui domine dans un thème céleste, qu'elle est de l'ascendant.

 18   En langage de matrones, chargées jadis de faire des rapports, signifiait la partie moyenne de la membrane hymen.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. LXXV: Pur sa bealté s lui sont amies
    XIIème siècle
     Ronc. p. 72: Et tantes s veuves de lor maris
     Couci, I: Mais à de valor Doit on penser nuit et jor
     ib. II: Et se je truis [trouve] ma o le douz nom Pleine d'orgueil et sans guerdon
     ib. X: Bele me prie de chanter
     Sax. XXX: Aussi comme en la mer est puissanz la baleine, Sur tous autres poissons est et chastelaine
     Raoul de Cambrai, 52: Les gentix , chascune ot son sautier, Et si faisoient le Dieu mestier [le service du Seigneur Dieu]
    XIIIème siècle
     Berte, III: Dame, ce dist Pepins, on ne doit pas douter
     ib. XIV: [La serve] En la chambre s'en va [à] Berte sa dire
     Lai de l'ombre: De tel geu, com l'en fait des mains, Estoit-ele et il mestre.
     la Rose, 4083: Et n'est de nulle riens certaine, Ains met les amans en grant paine, Et se fait d'aus [d'eux] et mestresse, Mains en deçoit par sa promesse
     ib. 8860: Se li empereres de Romme, Sous qui doivent estre tuit homme, Me daignoit voloir prendre à fame, Et faire moi du monde ....
BEAUMANOIR: « Se elle est , qu'ele y envoit chevalier, et s'ele est demoiselle, que elle y envoit escuier »
BEAUMANOIR: « Et lor disoit que les autres bones viles s'estoient accordées privéement, qu'eles ne vcloient plus estre en obeissance du seigneur, et seroit cascune vile de soi »
RUTEB.: « À vous toz faiz-je ma clamor D'ypocrisie, Cousine germaine Heresie, Qui bien à la terre saisie ; Tant est grant , Qu'ele en enfer metra mainte ame »
LEROUX DE LINCY: « Wide chambre fait fole »
HERBERS: « On sert le chien por le seignor ; Et por l'amor le chevalier Baise la l'escuier »
    XVème siècle
FROISS.: « Et [les Gantois à Dam] mirent femmes et enfants prisonniers dedans le moustier, et proprement ils firent entrer les s chevaleresses »
FROISS.: « Sa de mere lui acordoit tout ce qu'il disoit.... »
FROISS.: « .... Et obeiroient à li comme à leur , et à son fils comme à leur seigneur »
     Bouciq. III, ch. 13: À ce propos raconte Valere de Scipion que il fit Rome de Carthage et du pays d'Afrique
    XVIème siècle
LER.: « Dame qui moult se mire peu file »

ÉTYMOLOGIE
    Bourguig. daime ; provenç. dama, et plus habituellement dompna, domna, dona et par abréviation na, et encore dons ; espagn. doña et dueña ; ital donna ; du latin domina. Le changement de l'o en a n'est pas très rare dans l'ancien français : en pour on, dam pour dom, etc. On trouve quelquefois dome : XIIIème siècle
     Bibl. des Ch. 3e série, t. V, p. 87: L'aumone que ma dome Teeline aveit fait à De [Dieu] e aus hospitaulers

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE 1. DAME.

 1   Ajoutez : Notre-Dame, voy. NOTRE-DAME.

REMARQUE
    1. Une locution de mauvais usage est de dire sa pour sa femme : Il est venu avec sa .
    2. Dans les chemins de fer, aux arrêts, on lit : Côté des s, Côté des hommes. Il faudrait côté des femmes, ou, si l'on dit côté des s, il faudrait dire côté des messieurs.


2ème définition d'Emile Littré



Interjection explétive qui est une formule d'affirmation, comme hercle en latin. Mais, , oui. Oh ! , non.
MOL.: « Ah ! , vous m'en direz tant ! Oh ! , interrompez - moi donc ! »
HAUTEROCHE: « Dame ! quand on est belle, on ne l'est pas pour rien »
BOURSAULT: « Dame ! je ne sais pas si bien mentir que vous »
MARIVAUX: « Si elle est devenue si glorieuse, , je ne saurais que faire »
BEAUMARCHAIS: « Dame ! oui, je lui dis tout.... hors ce qu'il faut lui taire »
CHAMPFORT: « Oh ! ! c'est une Française, cela se vend bien, tout le monde m'en demande »
COL. D'HARLEV: « Enfin te tairas-tu ? - Dame ! on défend ses droits »

ÉTYMOLOGIE
    Dame s'est dit au masculin (voy. l'historique de DOM) pour seigneur ; Dieu est continuellement dans les anciens textes ; et Dieu ou, simplement, , est devenu une interjection comme seigneur Dieu ou seigneur ; c'est cet emploi fréquent de Dieu qui fait penser que , interjection, vient de masculin et non de féminin (Notre-Dame, la sainte vierge). Dame, s. m. vient de dominus, comme , s. f. vient de domina.


3ème définition d'Emile Littré

Subst. féminin 


Terme d'architecture hydraulique. Nom qu'on donne, en creusant les terres, particulièrement pour un canal, à de petites digues qu'on laisse d'espace en espace pour arrêter l'eau qui s'y trouve, ou à de petites langues de terre qu'on conserve dans d'autres vues.
    Terme de ponts et chaussées. Petits cônes de terre laissés dans les fouilles pour servir de témoins lors du métré des déblais.
    Terme d'art militaire. Dame de mine, masse de terre qui est restée debout après une explosion. Dame de fortification, petite tour à centre plein, en maçonnerie, qui surmonte le milieu d'un bâtardeau de fossé inondé.

ÉTYMOLOGIE
    Allem. Damm, digue.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. féminin 


Titre qu'on donnait autrefois à la femme d'un seigneur, et à celle qui possédait une seigneurie avec autorité et commandement sur des vassaux. "La de tel lieu. Elle en était et maîtresse. La du village. La du château. Haute et puissante . Les religieuses de cette abbaye étaient s de la paroisse."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



est aussi Un simple titre que l'on donne par honneur aux femmes de qualité. "C'est une grande . Les s de la cour." On dit ironiquement, "Elle fait la , elle fait la grande ."
"Dame d'honneur, d'atour, du lit, du palais," Femmes de qualité qui remplissent diverses fonctions auprès des reines ou des princesses.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



est pareillement Un titre donné aux religieuses des abbayes et de certaines autres communautés, ainsi qu'aux chanoinesses. "Les s de Fontevrault. Les s de Poissy. Les s de Remiremont."
"Dames du choeur," Religieuses qui siégent dans les hautes stalles du choeur, à la différence des novices, qui sont dans les stalles basses, et des soeurs converses qui n'ont été reçues que pour le service de la maison.
"Dames de charité," se dit Des s qui, dans l'étendue d'une paroisse, d'un arrondissement, forment une association chargée de recueillir et de distribuer les aumônes.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



est également Le titre qu'on donne à toutes les femmes mariées qui sont au-dessus de la dernière classe du peuple. "Une jeune . Comment se portent vos s? Ma chère , cela m'est impossible. C'est une fort aimable ." En termes de Pratique: "La une telle. La veuve une telle. Ladite s'engage, etc."
Il se prend aussi dans un sens plus général, et s'étend à Toutes les femmes et à toutes les filles. "Être civil avec les s. Aimer les s. Être aimé des s. Plaire aux s. Les s de la ville. Il y avait beaucoup de s à ce bal, à cette réunion. Une et son cavalier. Offrir la main à sa . Il nous manquait une pour compléter le quadrille."
Il signifie particulièrement, en parlant De chevalerie, La femme à laquelle un chevalier consacrait ses soins et ses exploits. "Il a rompu des lances pour sa . La de ses pensées. Porter une écharpe aux couleurs de sa ."
Aux Courses de bague, "La course pour les s," La première course, qui n'est point comprise dans le nombre de celles qu'on doit courir pour le prix. On dit dans le même sens: "C'est pour les s. Voilà pour les s." On appelle également, au Jeu de paume, "Les s," Le premier coup qui se sert sur le toit, et qui n'est compté pour rien. "Voilà pour les s. Voilà vos s. Je n'ai pas eu mes s."
"Brevet de ," Brevet par lequel le roi conférait à une demoiselle le titre de "Dame."
"Les s de France," Les filles du roi. "Voyez" MADAME.



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



est encore Une espèce de titre qu'on joint au nom de fille des femmes du peuple, soit en parlant d'elles, soit en parlant à elles. "Dame Françoise. Dame Nicole." Cet emploi est populaire.
"Les s de la halle," Les marchandes de la halle, qui sont admises sous ce titre chez le roi et chez les princes à certaines époques et à l'occasion de certains événements.
En Botan., "Dame d'onze heures," Plante liliacée à fleurs blanches qui ont l'extérieur des pétales vert.



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit en outre, aux Jeux de cartes, de Chacune des quatre cartes sur lesquelles est peinte la figure d'une . "La de pique. La de coeur. La de trèfle. La de carreau. Avoir une tierce, une quatrième, une quinte à la . Avoir un quatorze de s. Écarter une . Jouer une . Il a brelan de s."
Il désigne, au Jeu des échecs, La pièce du jeu la plus considérable après le roi. "Dame blanche. Dame noire. La est la meilleure pièce des échecs. Faire échec à la . Donner échec au roi et à la ." On l'appelle aussi "Reine."
"Aller à ," Pousser un pion jusqu'aux dernières cases du côté de son adversaire; ce qui fait prendre à ce pion la valeur d'une . (Voyez plus bas un autre emploi de cette locution.)



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi de Chacune des pièces rondes et plates avec lesquelles on joue sur un échiquier au jeu appelé, du nom de ces pièces, "Jeu des s, de s," ou simplement, "Les s. Jouer aux s. Faire un partie de s. Le jeu des s polonaises. Dame touchée, jouée."
Il se dit également Des pièces de même figure, mais ordinairement plus grandes, dont on se sert au jeu de trictrac et à quelques autres jeux analogues. "Poser une sur une flèche. Lever une . Battre une ."
Au Jeu de s, "Aller à ," Pousser une pièce jusqu'aux dernières cases du côté de celui contre qui on joue; ce qui donne à cette pièce une marche particulière et plus avantageuse. "Je suis à ." On appelle, au même Jeu, "Dame damée," ou simplement "Dame," La pièce qu'on a fait aller à , et sur laquelle on en met une autre, pour la distinguer.
"Dames rabattues," Sorte de jeu différent du trictrac, mais qui se joue avec les mêmes pièces. "Jouer aux s rabattues."



8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



en termes de Ponts et Chaussées, Digue qu'on laisse en travers d'un canal, tandis qu'on le creuse, pour séparer la partie déjà occupée par les eaux, de celle où les travailleurs sont encore.



9ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie aussi comme une sorte d'interjection pour donner plus de force à une affirmation, à une négation, pour exprimer quelque surprise, etc. "Mais, , oui. Oh! , non. Ah! , vous m'en direz tant." En ce sens, il est populaire.



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Subst. féminin 

Celle qui possède une Seigneurie. 'C'est "la Dame" du Village.
- 2°. Titre d'honeur que l'on done aux femmes de qualité, aux Religieuses dans les Abayes et dans certaines communautés, et même à toutes les femmes d'une condition un peu honnête. 'C'est "une" grande "Dame", une "Dame" très-spirituelle, très-vertueûses: elle "fait la Dame", la grande "Dame": "les Dames" de la Cour, de la Ville, de la Province. Être civil avec "les Dames", plaire "aux Dames", etc.
- 3°. En parlant à des femmes de basse condition, au lieu de dire "Madame", on dit "Dame" telle: "Dame" Françoise, "Dame" Isabeau.
- 4°. "Dame"! espèce d'adverbe, qui sert à afirmer ou à marquer de la surprise: '"Dame!" si vous ne vous arrêtez, vous verrez beau jeu. '"Dame"! vous m'en direz tant, que, etc. "Dame!" c' est juste. "Th. d'Éduc." etc. Il est populaire.
- 5°. "Dame", terme des jeux de trictrac, des échecs, des cartes, etc.
   "Rem." Ce mot n'est d'usage qu'en Europe, et l' on ne doit pas s'en servir, excepté en plaisantant, en parlant des femmes des autres parties du monde. Le P. "Charlevoix" parle des petits "Goschis", qui fesoient, dit-il, l'amusement "des Dames".
- M. de "Bufon", qui le cite, demande s'il y avoit des Dames à St. Domingue, quand on en fit la découverte.




Emplacement dans le dictionnaire :

damasquine
damasquiné
damasquiner
damasquinerie
damasquineur
damasquinure
damassé
damasser
damassure

damé
dame-jeanne
damer
dameret
dames
dames rabattues
damette
damier
damnable
damnablement
damnation




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)

...(tu dois bien t'en souvenir), c'était la plus noble dame de la cité. Certes les fleurs florirent, et le dictame florit au verger qui fut grand, en effet ; toute fleur florit au verger, et quant à la dame, son penal d'arroi fut fait de ces riches draps que rien n'entame, et ses cavales étaient vénètes, et l'on pouvait en compter cent, et nulle bête qui soit en mer ni en bocage qui ne fût à fin or...


Citation n°2 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)

...étaient vénètes, et l'on pouvait en compter cent, et nulle bête qui soit en mer ni en bocage qui ne fût à fin or portraite sur son chevet. C'était (tu dois bien t'en souvenir), c'était la plus noble dame de la cité. Claire était la face de la dame, telle la fine pointe du jour, et ses yeux étaient cieux marins ; claire était la face de la dame et de parfums ointe. Claire était la face de la dame, et...


Citation n°3 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)

...cent, et nulle bête qui soit en mer ni en bocage qui ne fût à fin or portraite sur son chevet. C'était (tu dois bien t'en souvenir), c'était la plus noble dame de la cité. Claire était la face de la dame, telle la fine pointe du jour, et ses yeux étaient cieux marins ; claire était la face de la dame et de parfums ointe. Claire était la face de la dame, et plus que purpurins fruits, fraîche était la...


Citation n°4 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)

...(tu dois bien t'en souvenir), c'était la plus noble dame de la cité. Claire était la face de la dame, telle la fine pointe du jour, et ses yeux étaient cieux marins ; claire était la face de la dame et de parfums ointe. Claire était la face de la dame, et plus que purpurins fruits, fraîche était la bouche jointe de la dame. Et pour ses crins recercelés, ne fussent les entraves d'ivoire, eussent...


Citation n°5 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)

...dame de la cité. Claire était la face de la dame, telle la fine pointe du jour, et ses yeux étaient cieux marins ; claire était la face de la dame et de parfums ointe. Claire était la face de la dame, et plus que purpurins fruits, fraîche était la bouche jointe de la dame. Et pour ses crins recercelés, ne fussent les entraves d'ivoire, eussent encourtiné ses reins. C'était (tu dois bien t'en...


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